#3 [Le couple] Tout se passe sous la table...


©Netflix


Pendant un mois, chaque semaine, nous (Manon Cerdan* et Mélissa-Asli Petit**) avons choisi d’analyser des scènes tirées de la saison 1 de Grace & Frankie. Cette semaine, on parle du couple !

Pourquoi ? Parce que les séries font partie de nos quotidiens, participent à façonner nos modes de vie, nos identités, et nous questionnent sur nos représentations.

Avec Jane Fonda (Grace) et Lily Tomlin (Frankie), qui se retrouvent à plus de 70 ans à cohabiter à la suite de leur rupture avec leur conjoint respectif, on découvre des sujets rarement évoqués à ces âges de la vie : amour, amitié, sexualité, vie de couple à plus de 70 ans. Ces thèmes, parce qu’ils sont universels, parlent à chacun de nous, et surtout nous éveillent à nous-mêmes en nous proposant de repousser nos limites. Cette série nous donne à voir des possibles pour projeter peut-être d’autres désirs, d’autres rêves, d’autres aspirations.



Le couple s’est aujourd’hui métamorphosé et la famille a changé. Fini les mariages à vie de nos grands-parents ou de nos arrières-grands-parents ! Ce couple à vie laisse possiblement place à des unions multiples au fur et à mesure du parcours, à des décohabitations pour être ensemble séparément et à des parentalités considérées comme tardives. Selon De Singly, le rôle premier de la famille, et donc du couple, a longtemps été lié à la transmission du patrimoine, économique et moral, d’une génération à l’autre. Aujourd’hui, la famille tend à privilégier la construction de l’identité personnelle de chacun, grâce au soutien soit de son conjoint, soit d’un parent. La famille, et donc le couple, doivent permettre de devenir soi, tout en conciliant souci de soi et souci de l’autre.

Grace et Frankie incarnent pleinement les évolutions du couple au 21è siècle : divorce à plus de 70 ans, union des ex-conjoints homosexuels, redécouverte de l’amour et construction de nouveaux couples. Or, comment continuer à être soi dans un monde incertain ? Le couple et la famille le permettent, au même titre qu’un entourage sécurisant et bienveillant.

Pour Frankie, bien que son couple ait disparu d’un point de vue juridique, c’est Sol qui lui permet de se sentir elle-même et rassurée. Dans cette perspective des évolutions du couple, la série propose alors une idée de l’amour à travers la relation de Frankie et de Sol, débarrassée d’un certain nombre de conformismes, et sur lequel l’âge ou le statut marital n’a pas de prise véritable.


« Sol n’est pas une vraie personne. C’est comme ma sœur ! »

(Frankie)

Dans l’épisode 6, un tremblement de terre secoue la Californie. Frankie, qui entre autres originalités, est sismophobe se réfugie sous la table du salon. Sol, son ex-mari, débarque alors sans avoir été appelé pour l’aider à surmonter cet épisode. Sol se met avec Frankie sous la table et il reste, sans jamais lui dire que c’est une gourde avec une peur irrationnelle, sans jamais même le penser. Pendant cette crise, ils retrouvent ce cocon d’intimité auquel ils n’ont plus le droit du fait du départ de Sol. Ils ont un bon prétexte, littéralement un cas de force majeure, pour se lover à nouveau dans cette complicité que seules les années confèrent et à laquelle il est difficile de renoncer, celle qui permet de partager ses peurs, de se passionner à deux pour les corgis ou les émissions d’orthographe, de se demander conseil pour traverser les grandes étapes de la vie. Même si le couple disparaît d’un point de vue juridique, il peut parfois rester ce lien qui nous unit et nous permet de nous sentir en sécurité pour être pleinement nous-mêmes.

[La série américaine Grace & Frankie a été produite et diffusée sur la plateforme de streaming Netflix. Avec sept saisons depuis sa création en 2015, elle est la série originale Netflix avec le plus d’épisodes.]


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*Après plusieurs années dans le marketing du cinéma, Manon Cerdan est devenue juriste spécialisée en droit des usagers, puis directrice d’EHPAD et plus récemment directrice formation en accueil familial (dispositif alternatif aux EHPAD). Aujourd’hui, elle travaille sur les représentations de la vieillesse et des métiers du care dans le cinéma et les séries.


**Docteure en sociologie, Mélissa-Asli Petit a fondé et dirige Mixing Générations. Elle s'intéresse au vieillissement pour mener une réflexion plus globale, cherche à créer des ponts entre les âges et les cultures, et à questionner la place des femmes, notamment âgées, dans la société et dans les médias.


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